Cinq axes du code : pourquoi « le code de ce mot est Λ·Ξ » peut vouloir dire cinq choses
Cinq axes du code
En 2025, le code endolinguistique était un objet simple à énoncer : une combinaison bornée et ordonnée de deux ou trois classes OAS, extraite de la racine normalisée d’un mot par la voie de sa prononciation.
Cela reste vrai. Et cela reste insuffisant — car la pratique a révélé que la même définition admet des lectures qui ne donnent pas le même objet.
Trois exemples réels, tous trois issus du corpus :
- Lat. rīvus est Λ·Φ·Σ lu entier, et Λ dans son descendant esp. río. Lequel est « le code » ?
- Ang. ignite est Χ·Ξ·Θ, mais le latin ignis dont il vient est Ξ·Ξ·Σ : la vélaire s’était nasalisée ([ˈɪŋ.nɪs]) et l’anglais l’a restaurée en lisant la lettre. Lequel est « le code » de ce réseau ?
- Ang. tooth est Θ·Θ, mais son réseau de codérivés est majoritairement Θ·Ξ·Θ. Lequel enseigne-t-on ?
Aucune des trois n’a de réponse tant qu’on n’a pas déclaré sur quel axe on parle. D’où ce document, qui ne propose aucune thèse nouvelle : il ordonne.
Axe I · Le niveau d’abstraction — l’échelle
Le même matériau se lit à trois hauteurs :
| niveau | ce que c’est | exemple | spécificité | couverture |
|---|---|---|---|---|
| squelette | les consonnes canoniques réelles | d·n·t |
maximale | minimale |
| code | les classes ordonnées | Θ·Ξ·Θ | moyenne | moyenne |
| noyau | les classes sans ordre | {Θ,Ξ} | minimale | maximale |
Mesuré sur 19 623 réseaux d’au moins trois langues, la couverture moyenne de la valeur modale est de 56,4 % au squelette, 65,1 % au code et 73,7 % au noyau.
Il n’y a pas de hauteur correcte : il y en a une par question. Et toute affirmation doit dire à laquelle elle a été faite.
Sous le squelette se trouve le cualo — la sensation consonantique originante, continue et pré-symbolique ; au-dessus du code se trouve la molécule, le système lié qui forme un mot composé. Ni l’un ni l’autre n’est un barreau de cette échelle : ce sont ses planchers.
Axe II · L’étendue lue — mot ou racine
| code de RACINE | code de MOT ENTENDU | |
|---|---|---|
| contient | la racine sans affixes | ce qui parvient à l’oreille, affixes compris |
| sert à | des affirmations comparatives et de descendance | des affirmations sur la lisibilité psychique |
| l’affixe est | du bruit propre à chaque langue | une part de la donnée : l’auditeur ne segmente pas avant de résonner |
| ils se croisent | jamais au sein d’une même épreuve |
Et l’affixe n’est pas simplement du bruit, pour deux raisons — la seconde est la forte. L’auditeur reçoit le mot entier ; et c’est ainsi que naissent les thèmes des racines : une extension se colle et cesse d’être un affixe, de sorte que la frontière racine/affixe n’est pas ontologique mais diachronique.
Des formes du corpus, 539 456 ont un squelette de racine calculé, et dans 100 % des réseaux où il est calculé le code de racine diffère de celui du mot. Le choix n’est jamais anodin.
Il existe un troisième état : la racine nue, le mot qui est sa propre racine. Les reconnaître a porté la population utilisable d’une épreuve de 3 232 à 70 260 réseaux.
Axe III · Le porteur — la forme ou le réseau
Un mot n’a pas de code. Il appartient à un réseau codérivé, et le code est ce qui s’y conserve.
Teil est Θ·Λ parce qu’il est dans le réseau Teil · deel · del · dails. Un motif de consonnes sans réseau n’est pas un code : c’est un motif de consonnes.
L’objet mesurable n’est pas une valeur mais un profil de réseau. Exemple travaillé, TOOTH, réseau effondré, 138 langues :
| niveau | modal | couverture | valeurs distinctes |
|---|---|---|---|
| squelette | d·n·t |
21,0 % | 39 |
| code | Θ·Ξ·Θ | 34,8 % | 24 |
| noyau | {Θ,Ξ} | 58,7 % | 12 |
L’anglais tooth (Θ·Θ) est deuxième, à 17,4 %.
Et les réseaux doivent être effondrés avant toute mesure : 157 327 ensembles cognats se réduisent à 69 416 réseaux. Sans cet effondrement, une épreuve peut ressortir significative en comptant plusieurs fois le même étymon — cela s’est déjà produit (p = 0,0155 → 0,133).
Axe IV · La provenance — d’où le code est venu au réseau
Quatre états, attribut de première classe :
| provenance | ce que cela signifie | témoin |
|---|---|---|
| hérité | le code descend de la racine | sl. *bělъ ← *bʰelH- |
| survenu | le code a surgi au cours de l’histoire de la langue | lat. bellus ← *duenelos, où le B-L n’était pas |
| emprunté | le code est arrivé avec le mot | esp. bello ← occitan bel |
| restitué | une classe perdue revient par la lecture de l’écriture | ang. ignite Χ·Ξ·Θ face à lat. ignis Ξ·Ξ·Σ |
Le quatrième est nouveau, et sa signature a dû être corrigée. La première version disait « l’emprunt a plus de classes que son étymon » — et elle échoue sur son propre témoin : ignite Χ·Ξ·Θ face à ignis Ξ·Ξ·Σ a les mêmes trois classes. La restitution n’est pas un allongement : c’est une substitution.
Signature correcte, et elle exige TROIS générations : l’enfant récupère une classe que le GRAND-PARENT avait et que le PARENT avait perdue.
Calculée sur 183 250 chaînes de trois générations : 3 369 formes restituées. Et la signature trouve le phénomène toute seule — ang. magnes : grand-parent Ϻ·Χ·Ξ·Σ → lat. magnes [ˈmaŋ.neːs] Ϻ·Ξ·Ξ·Σ → ang. Ϻ·Χ·Ξ·Σ. Instance indépendante d’ignis, trouvée sans la chercher.
Son rappel est limité par la donnée, et cela se déclare : ignite lui-même ne tombe pas sous la signature, car sa chaîne concrète n’a pas de grand-parent doté d’un code.
Axe V · L’état de chaque position
Un code peut se raccourcir pour trois raisons distinctes que le modèle écrivait de la même façon. Deux sont des événements de la langue ; l’une est un événement de notre côté.
| notation | état | dans le mot ? | dans le code ? | où cela s’est produit |
|---|---|---|---|---|
| Φ | présent | oui | oui | — |
| [Φ] | caché — l’instrument ne le montre pas | oui | oui, invisiblement | chez nous |
| (Φ) | déstructuré — passé à la couche qualique | oui | non | dans la langue |
| ∅ | absent — n’est plus dans la forme | non | non | dans la langue |
Esp. río = Λ·(Φ) : le w de rīvus, face à la voyelle, s’y est dissous. All. rein ← *hrainiz = ∅·Λ·Ξ : le h s’est perdu sans transit.
Et tout /j/ du corpus est [caché], car la case J n’a pas de classe OAS assignée : 320 845 segments invisibles au code — ce qui est notre cécité, non le silence de l’objet.
La grille complète
Une affirmation sur un code est déterminée par cinq coordonnées :
niveau × étendue × porteur × provenance × état
Et la plupart des désaccords sur les codes sont des désaccords de coordonnée, non de fait. Tooth est Θ·Θ et son réseau est Θ·Ξ·Θ : les deux sont vrais, sur des porteurs différents.
Et les négations, qui en pratique servent davantage
Un code n’est pas une chaîne de consonnes · il ne se lit pas sur l’orthographe · il n’est ni un morphème ni une étymologie · il n’est pas une signification · il n’est pas la somme des profils de ses classes · il n’est pas un ensemble, car l’ordre compte · et il n’appartient pas à un mot : il appartient à un réseau.
Un code ne signifie rien. Il oriente un champ de possibilité sémantique, observable seulement à travers les réseaux de codérivés qui l’instancient.
L’article : The Forms of the Endolinguistic Code (PDF, en anglais) · Version espagnole