La famille où la racine était déjà une théorie

Il y a un problème avec les instruments qu’on définit soi-même : on ne peut les contrôler que contre eux-mêmes.

En austronésien, en turc, en ouralien, en pama-nyungan et en indo-européen, le squelette consonantique était notre objet. Nous le définissions, nous le mesurions, nous le comparions à son propre nul. Cinq familles mesurant la règle avec la règle.

L’afro-asiatique est différent, pour une raison qu’aucune autre famille de la série n’offre.

La racine trilitère sémitique — k-t-b, « écrire » — est exactement notre objet, décrit par une autre voie et il y a plus de mille ans.

La philologie arabe et hébraïque a atteint le squelette consonantique par un chemin qui n’a rien à voir avec le nôtre, et l’a laissé décrit avec une précision qui n’a nul besoin de nous. Cela fait de l’afro-asiatique le seul endroit du corpus où l’instrument peut converger avec une description externe ou s’en écarter.

C’est l’épreuve la plus informative de la série. Et la plus risquée : si le squelette ne retrouve pas la racine là où la racine existe et se trouve décrite, le problème vient du squelette.

Le contraste a été enregistré avant tout calcul

L’hypothèse a été écrite — avec son nul, sa direction déclarée et ses falsificateurs — avant de regarder les données. Sans cela, l’épreuve ne vaut rien : on trouve toujours ce qu’on va chercher ensuite.

L’hypothèse principale est confirmée.

Le sémitique concentre 50,6 % de ses formes dans des squelettes d’exactement trois consonnes, contre 31,3 % pour le tchadique. Un écart de 19,3 points, à p = 0,0001 sous un nul qui permute la branche sur les langues.

Et ce n’est pas que les mots sémitiques soient plus courts. Les moyennes de consonnes par forme dans les quatre branches sont 2,99 · 3,13 · 3,02 · 3,02 — pratiquement identiques.

C’est de la concentration, pas de la longueur. Une procédure aveugle à la grammaire retrouve la forme de la racine trilitère sans l’avoir utilisée.

Et deux hypothèses du même préenregistrement échouent

C’est la partie qui compte le plus, et elle est publiée avec le même détail que celle qui a réussi.

Deux des hypothèses enregistrées ne sont pas confirmées. Ce qu’elles diagnostiquent, ce n’est pas la famille : c’est l’instrument. Un préenregistrement dont on ne publie que la partie réussie n’est pas un préenregistrement — c’est une sélection faite après coup.

Ce que le catalogue a retrouvé tout seul

2 121 codes regroupant 11 082 formes de 111 langues. La procédure regroupe 17,4 % des formes disponibles et sa précision dépasse 44 fois ce qu’on attendrait du hasard : 5,26 % contre 0,119 %.

Sur le regroupement sans le seuil de trois langues, l’avantage est de 25,0 points — 29,7 % observé contre 4,7 % de nul, 6,3 fois le hasard.

Et les codes de plus grande portée reproduisent le vocabulaire que la comparaison afro-asiatique avait déjà établi, sans que rien n’ait été reconstruit :

  • m·t|die dans 38 langues de deux branches
  • d·m|blood dans 29
  • s·m|name dans 25

Aucun n’a été cherché. Tous sont sortis de l’exigence qu’un squelette se répète pour le même concept dans trois langues distinctes.

Ce que ce catalogue n’est pas

Il vaut mieux le dire avant que quelqu’un n’en lise trop.

Il ne reconstruit pas le proto-afro-asiatique et ne le consulte pas. Il n’utilise pas les jugements de cognation qui existent pour cette famille. Il ne propose aucune étymologie. Et il n’affirme pas que les codes de plus grande portée soient des cognats, même si beaucoup le sont : le catalogue ne peut pas séparer l’héritage du contact, et ne feindra pas de le pouvoir.

Il y a en outre une limite de couverture, déclarée avant les résultats et non après. Des 111 langues, 72 % sont tchadiques, et deux des quatre branches comptent deux langues chacune. L’omotique et l’égyptien manquent : le corpus ne les porte pas.

Ce catalogue ne couvre pas l’afro-asiatique. Il couvre les quatre branches que le corpus contient, et c’est ainsi qu’il faut le citer.


L’article : Consonant codes in 111 Afro-Asiatic languages (PDF, en anglais) · Version espagnole

La méthode : El catálogo de códigos consonánticos